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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 07:00

 

 

 

 

un autre de mes dés bretons

 

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                             Le passeur muet

 

A cette époque-là, il n'y avait pas encore de pont entre les ports de Guipry et de Messac. Un passeur transportait d'une rive à l'autre de la Vilaine, à l'aide de sa barque, les gens qui en faisaient la demande.


C'était un homme vêtu de guenilles, vivant chichement des légumes de son jardin et des poissons qu'il pêchait dans la rivière. Il habitait une cabane de bois installée sur la berge de Guipry. S'il ne s'y trouvait pas, il était tout à côté, dans sa barque, surveillant sa ligne et attendant les rares passagers qu'il devait emmener sur l'autre rive pour le prix de quelque menue monnaie. Il ne s'absentait que le dimanche, entre dix heures et midi. Il se rendait alors à l'église pour assister à la messe.

 

Un dimanche, un 10 août précisément, la cérémonie religieuse revêtait cette année-là un éclat particulier. Un abbé de Redon (Saint Conwoïon, dit-on) officiait à l'église de Messac. L'affluence des fidèles était grande et notre passeur, homme dévot, n'avait pu trouver la place qu'il aurait aimé occuper aux premiers rangs de l'assemblée. Il dut se contenter de rester debout au fond de l'église.

 

L'office durait déjà depuis près d'une heure, lorsque des bruits de voix se firent entendre à la porte de l'église :

 

-"Le passeur ! Le passeur !"

 

Mais notre passeur ne bougea point. Les cris redoublèrent. Des paroles désobligeantes furent même lancées à l'intention de l'officiant et des fidèles assistant à la cérémonie, si bien que le passeur se décida à sortir de l'église.


Sous le porche, il se trouva nez à nez avec une bande de joyeux compères, auteurs de tout ce tintamarre. Il s'agissait d'un groupe de jeunes gens des environs, qui avaient festoyé la nuit précédente, et voulaient traverser la Vilaine pour se rendre à Guipry. Le passeur partit avec eux.

 

Pendant ce temps, à l'église de Messac, la cérémonie prenait fin. Le saint abbé de Redon, désireux de regagner son monastère au plus vite, se dirigea avec sa suite de moines vers la rivière où se trouvaient habituellement le passeur et sa barque.

Hélas ! Aucune trace du passeur, ni de sa barque. Les rives semblaient désertes. On eut beau héler le pauvre homme, aucune réponse ne se fit entendre.


Soudain, le regard de l'abbé fut attiré par un remous près de la berge. Un grand tourbillon d'eau où apparaissaient par moments des vêtements d'hommes et les guenilles du passeur... Pas de doute, les jeunes gens en goguette avaient fait chavirer la barque.

Tous ses passagers s'étaient noyés.

 

Après bien des difficultés, un moine de la suite de Saint Conwoïon réussit à accrocher une jambe du passeur et à tirer l'infortuné sur la berge. Il était malheureusement trop tard, l'homme était mort. Son corps gonflé d'eau ne laissait aucun doute à ce sujet.

 

Cependant, le saint abbé estima qu'il ne méritait pas de payer l'erreur des jeunes gens. Alors, il le ressuscita. Mais pour qu'il ne puisse pas raconter à ses semblables ce qu'il avait vu durant son court passage dans l'au-delà, il lui supprima l'usage de la parole.

 

Le passeur continua jusqu'à la fin de ses jours à assurer le transbordement des passagers d'une rive à l'autre de la Vilaine. Mais au grand étonnement des gens qui le connaissaient et lui parlaient, il ne répondait jamais. Il était devenu muet.

 

En souvenir de cet homme, les passeurs qui prirent sa succession ne travaillaient jamais le dimanche entre dix heures et midi, et surtout le 10 août, jour anniversaire de la mort du passeur ressuscité par Saint Conwoïon.

 

 

Conte populaire de Bretagne

 

 

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Published by Lilwenna - dans Dés
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commentaires

contes-et-merveilles.com 12/11/2016 11:31

il aurait été bon de préciser que ce conte a été recueilli par Pierre Lebreton auprès de Alphonse POISSON, de la Chapellerie de Mâlon en GUIPRY, publié par... Pierre Lebreton, dans ses "Contes et Légendes des bords de Vilaine" (éd. GCBPV - Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine, 1997, p.23).

cheznous62 22/01/2012 13:55


Quelle belle histoire malgré son côté triste ... les contes sont nombreux dans toutes les régions et c'est toujours un plaisir de les découvrir !!


Bisous !


Nicole



Lilwenna 22/01/2012 17:53



il y a en effet de jolis contes partout


merci pour ces fleurs printanières


bisous et bonne semaine à toi



Glycine blanche 22/01/2012 10:35


On est dimanche entre 10 et 12 h, donc les passeurs ne travaillent pas ! Il est superbe ton dé. Bises et bon dimanche.

Lilwenna 22/01/2012 11:51



encore 10 minutes de repos pour les passeurs !


bisous et bon dimanche



Sylvie 22/01/2012 09:36


tu as de belles collections :)


bon dimanche


bisous


sylvie


(j'ai pensé à toi en mettant mon article ce matin :)

Lilwenna 22/01/2012 12:15



je viens d'aller voir ton article, tu as fait de superbes marque-pages au crochet ! J'aime beaucoup


Je ne peux pas prendre le modèle, je ne sais pas crocheter


bisous et bon dimanche



Erato :0059: 21/01/2012 22:39


Un beau conte émouvant , pauvre passeur. Le dé est joli.Bonne soirée, bises Lilwenna

Lilwenna 21/01/2012 23:17



oui, le pauvre ! bisous et bonne nuit



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