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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 17:00

 

 

 

 

L'Ankou en Bretagne est la personnification de la mort. Tantôt sous l'aspect d'un homme maigre aux cheveux longs et blancs, tantôt sous forme de squelette, il est vêtu de noir, ou d'un linceul.

 

Il tient à la main une faux à la lame retournée et se déplace la nuit dans les chemins creux sur sa charrette aux roues grinçantes pour accomplir sa funeste mission. Personne ne lui résiste. Celui qui le voit meurt aussitôt et entendre grincer les roues de l'attelage est un signe annonciateur de la mort de quelqu'un.


 

 

mp bretagne ankou

                                                 A.P.Sanford

 

 

 

 

Il y a une quantité infinie de contes bretons sur l'Ankou. En voici un :

 

                 

                           Les lavandières de la nuit

 

 

Peut-être avez-vous déjà entendu des bruits sourds, près des ruisseaux, la nuit. Comme des coups de battoir sur le linge. Alors, passez votre chemin bonnes gens, et ne cherchez pas à savoir d'où vient ce bruit ; ce sont les lavandières de la nuit.

 

Guillo, c'est le bon à rien du village, paresseux du soir au matin. Il ne sait que boire, boire, et chanter après avoir bu. Tout le monde le connait à Tréhorenteuc.


Ce soir-là, Guillo a le vent en poupe. Il a passé toute la soirée au café du village et le voilà qui rentre chez lui, sous la pleine lune, en chantant à tue-tête. La nuit est trop douce pour prendre le raccourci par les prés, aussi prend-il la route qui monte vers Trébottu.

 

Lorsqu'il arrive au petit pont sur le Rauco - le ruisseau qui descend le Val sans Retour - Guillo entend des bruits sourds, des battements, à sa gauche, près du moulin en ruine. Intrigué, il quitte la route et longe le ruisseau pendant un bon moment. Il se heurte sur les souches, il trébuche sur les pierres et il patauge dans la boue.

 

C'est là qu'il aperçoit deux femmes, vêtues de blanc, à genoux au bord du ruisseau. Elles lavent un grand drap et le frappent de leur battoir. Guillo, malgré l'ivresse, n'en croit pas ses yeux : est-ce une heure pour laver du linge en pleine forêt ? Peu importe, il fait demi-tour, mais alors qu'il repart, le voilà qui trébuche sur une grosse pierre et tombe dans le ruisseau. Les deux lavandières sursautent et se tournent vers lui.

 

Mon Dieu, quels visages ! La lumière blafarde de la lune éclaire ces visages sans vie, aux traits durs et profonds; leurs yeux sont noirs et vides. Guillo, terrifié, bondit hors de l'eau, mais il n'a pas le temps de fuir que l'une des femmes lui crie :

 

-"Approche ! Viens nous aider."

 

L'homme, comme pétrifié, s'approche des lavandières en titubant. Impossible de fuir, la voix l'attire comme une guêpe sur une tartine de miel. Les femmes lui tendent alors le drap qu'elles ont lavé et qui ruisselle d'eau.

 

-"Eh bien ! dit l'une d'elles, qu'attends-tu ? Aide-nous à tordre ce drap."

 

Sans réfléchir, embrumé par les vapeurs d'alcool, Guillo saisit l'extrémité du drap. A l'autre bout, les lavandières tordent le linge, mais lui ne bouge pas. Avec peine, il parvient quand même à dire :

 

-"Mais qui êtes-vous ? Et pourquoi lavez-vous ce drap en pleine nuit ?"

 

-"Nous lavons le linceul d'un homme qui doit mourir cette nuit. Si nous ne le faisons pas, le pauvre n'aura même pas un linceul pour son dernier voyage."

 

Sur le coup, Guillo prend ça pour une plaisanterie et le voilà qui éclate de rire. Il est maintenant de tellement bonne humeur qu'il se met à tordre le drap de son côté. Et il le tord en le tournant de gauche à droite.

 

-"Malheur ! s'écrie l'une des femmes. Il a tordu le drap dans le sens maléfique"

 

-"Malheur ! Malheur !" répéte l'autre.

 

Ces cris résonnèrent dans les arbres, réveillant tous les animaux de la forêt.

Quand Guillo s'est un peu remis de sa frayeur, les lavandières ont disparu. Il s'imagine avoir rêvé, surtout avec tout ce qu'il a bu. Mais c'est alors qu'il sent l'humidité du drap qu'il porte encore sur son bras.

 

Tout à fait dégrisé, Guillo n'a plus qu'une pensée : courir jusqu'à chez lui sans se retourner. Mais il n'a pas le temps de faire trois pas qu'il entend un énorme grincement. C'est le grincement des roues d'une charrette qui n'ont pas été graissées depuis des années. Incapable de faire le moindre geste, Guillo attend, l'oreille tendue. Mais d'où vient cette charrette ? Il n'y a pas de chemin forestier par ici. Cependant l'attelage s'approche, et en plus du grincement des roues, il peut maintenant entendre le claquement des sabots sur le sol, et les branches qui se brisent sur le passage du cheval et de la carriole.

 

La charrette vient s'arrêter au bord de l'eau. Le cheval se penche pour se désaltérer. C'est alors qu'un personnage vêtu de noir s'approche de Guillo, une faux à la main :

 

-"Holà, l'homme ! crie-t-il. Je cherche un nommé Guillo, est-ce que tu l'aurais vu par hasard ? "

 

Guillo ne répond pas. Ses dents claquent, ses mains tremblent, il a l'impression que sa tête va exploser. Le mystérieux personnage tourne autour de lui et dit d'une voix rauque :

 

-"Mais je ne me trompe pas ! Tu portes ton linceul sur le bras. C'est donc toi Guillo ! Guillo de Tréhorenteuc."

 

C'est alors que la lune éclaire le visage de cet étrange personnage. Guillo, avec une indicible horreur, voit ce visage et le reconnait : c'est l'Ankou, le serviteur de la mort ! Alors, ne pouvant supporter cette vision, Guillo tombe à genoux sur le sol.

 

On raconte qu'à ce moment, il y eut un ricanement qui se prolongea dans les arbres et sur la lande. Puis un grand bruit de branches brisées. On raconte que le cheval hennit trois fois et que la charrette s'évanouit dans la nuit.

 

On raconte que personne n'a revu Guillo, Guillo de Tréhorenteuc, depuis cette nuit-là.

 

 

 

gif ankou

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Published by Lilwenna - dans Bretagne
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commentaires

Patricia Le Gall 01/05/2012 20:56


merci pour votre réponse rapide !


bonne soirée

Lilwenna 02/05/2012 00:29



de rien ! bonne nuit



Patricia Le Gall 01/05/2012 16:37


bonjour,


M'autorisez-vous à publier votre dessin sur l'Ankou pour un article sur ce sujet dans un blog sur le fantastique, dont voici les références


http://station-fantastik.blogspot.fr/


Je vous remercie d'avance pour votre réponse et je vous souhaite une bonne journée


Patricia Le Gall

Lilwenna 01/05/2012 18:17



ces dessins ne sont pas de moi. Le 1er est un marque-page et le 2ème une illustration que j'ai trouvé en cherchant des gifs d'ankou. Je n'ai pas trouvé l'illustrateur et on la trouve sur de
nombreux blogs


bonne soirée



dalinele 17/04/2012 20:29


oui, comme tu me le dis dans un autre comm, c'est une histoire courante en Bretagne; j'en ai lu plusieurs, des versions différentes parfois d'un même conte... de qui est cette version? j'ai lu
pas mal de contes bretons, j'aime bien.

Lilwenna 17/04/2012 20:54



je ne sais plus , je n'ai pas noté, je l'avais imprimé sur une feuille, donc surement imprimé à partir d'un livre de la médiathèque, mais des fois, j'oublie de noter la référence !!



Soledad 17/04/2012 14:28


Je suis d'origine Belge, mais je vis au Luxembourg... 

Lilwenna 17/04/2012 19:30



ah d'accord !



vivi 17/04/2012 08:36


C'est pas gai tout ça ! Mais j'ai appris plein de choses. Bonne journée.

Lilwenna 17/04/2012 11:45



c'est un peu angoissant ! mais une légende traditionnelle de Bretagne !


bises et bonne journée



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