Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 06:00

 

 

 

 

 

 

P1240006

                                                       Hauteur 43 cm

 

 

 

                                    Entrée en scène d'une poupée

 

 

La file des boutiques en plein vent qui partait de l'église se développait jusquà l'auberge Thénardier. Ces boutiques, à cause du passage prochain des bourgeois allant à la messe de minuit, étaient toutes illuminées de chandelles brûlant dans des entonnoirs de papier, ce qui, comme le disait le maître d'école de Montfermeil, attablé en ce moment chez Thénardier, faisait "un effet magique."


La dernière de ces baraques, établie précisément en face de la porte des Thénardier, était une boutique de bimbeloterie, toute reluisante de clinquants, de verroteries et de choses magnifiques en fer blanc.

 

Au premier rang, et en avant, le marchand avait placé, sur un fond de serviettes blanches, une immense poupée haute de près de deux pieds qui était vêtue d'une robe de crêpe rose avec des épis d'or sur la tête, et qui avait de vrais cheveux et des yeux en émail.

Tout le jour, cette merveille avait été étalée à l'ébahissement des passants de moins de dix ans, sans qu'il se fût trouvé à Montfermeil une mère assez riche, ou assez prodigue, pour la donner à son enfant. Eponine et Azelma (les filles Thénardier) avaient passé des heures à la contempler, et Cosette elle-même, furtivement, il est vrai, avait osé la regarder.

Au moment où Cosette sortit, son seau à la main, si morne et si accablée qu'elle fût, elle ne put s'empêcher de lever les yeux sur cette prodigieuse poupée, vers la dame comme elle l'appelait. La pauvre enfant s'arrêta pétrifiée. Elle n'avait pas encore vu cette poupée de près. Toute cette boutique lui semblait un palais. Cette poupée n'était pas une poupée, c'était une vision. C'étaient la joie, la splendeur, la richesse, le bonheur, qui apparaissaient dans une sorte de rayonnement chimérique à ce malheureux petit être englouti si profondément dans une misère funèbre et froide.


Cosette mesurait avec cette sagacité naïve et triste de l'enfance l'abîme qui la séparait de cette poupée. Elle se disait qu'il fallait être reine ou au moins princesse pour avoir une "chose" comme cela. Elle considérait cette belle robe rose, ces beaux cheveux et elle pensait : comme elle doit être heureuse, cette poupée-là ! Ses yeux ne pouvaient se détacher de cette boutique fantastique. Plus elle regardait, plus elle s'éblouissait. Elle croyait voir le paradis.

Il y avait d'autres poupées derrière la grande qui lui paraissaient des fées et des génies. Le marchand qui allait et venait au fond de sa baraque lui faisait un peu l'effet d'être le Père éternel.


Dans cette adoration, elle oubliait tout, même la commission dont elle était chargée. Tout à coup, la voix de la Thénardier la rappela à la réalité :

 

-"Comment, péronnelle, tu n'es pas partie ! Attends ! Je vais à toi ! Je vous demande un peu ce qu'elle fait là ! Petit monstre, va !"

 

La Thénardier avait jeté un coup d'oeil dans la rue et aperçu Cosette en extase.

 

Cosette s'enfuit emportant son seau et faisant les plus grands pas qu'elle pouvait.

 

 

Extrait des Misérables de Victor Hugo

 

 

gif-cosette.jpg

                  Cosette par Emile Bayard (peintre et illustrateur français 1837-1891)

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Lilwenna - dans poupées
commenter cet article

commentaires

lamia 21/09/2011 17:21


Merci de nous avoir fait lire un extrait de la bonne littérature française, cela fait toujours plaisir de lire quelque chose de Victor Hugo, nous nous retrouvons éblouie devant la beauté de ses
contes;


Lilwenna 21/09/2011 17:41



je suis contente que ça te plaise. J'aime beaucoup Victor Hugo



Andrée 20/09/2011 22:03


Je suis toujours émue en lisant ce livre , ce passage est beau.Jolie poupée avec un adorable minois.Bonne soirée, bisous Lilwenna


Lilwenna 20/09/2011 23:38



moi aussi, ou en voyant les films qui ont pu être faits.


bisous et bonne nuit Andrée



m'annette 20/09/2011 20:16


cette histoire est toujours aussi poignante..
bises


Lilwenna 20/09/2011 23:36



toujours aussi émouvante


bises



Marylou 20/09/2011 17:50


encore une beauté de ta collection...j'ai donné les miennes...mais il me reste celle que mon grand-père m'a achetée lorsque j'avais 11 ans...elle est toujours dans son emballage d'origine...


Lilwenna 20/09/2011 18:39



et bien, elle est précieuse celle-là !



BENISSA 20/09/2011 15:11


Quel génie pour nous faire ressentir une telle émotion avec des mots tout simples. Merci d'avoir mis ce beau texte. Il fut un temps, j'avais une robe longue avec plein de volants comme le dernier
tout en bas de la robe. Elle était superbe, comme ta poupée: quelle chevelure!


Lilwenna 20/09/2011 16:12



de rien Benissa, j'aime beaucoup Victor Hugo


ça t'a rappelé des souvenirs alors !



Bienvenue Chez Moi

  • : Lilwenna
  •  Lilwenna
  • : bienvenue dans mon blog de collections, surtout de marque-pages, mais aussi de fées, poupées, miniatures de parfum, dés...agrémentés de poésies, contes et textes divers
  • Contact

Lilwenna

  • Lilwenna
  • mariée, 3 enfants, Bretagne
  • mariée, 3 enfants, Bretagne

 

Mon fils vient d'ouvrir un site de photos. Si vous avez le temps, une petite visite lui ferait plaisir. C'est ici :

 

www.erwanlebourhis.eu

 

Merci pour lui !

 

fée 18

Mes Archives

 

gif fée 77

Mes Rubriques

gif danseuse 49

gif danseuse 50

gif fée 59

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -